La Frontière Kulma : un tampon de collectionneur

Entre deux des régions les plus isolées du monde, une traversée pour les voyageurs de l’extrême.

De Murghab à Kulma

Il doit faire 10 degrés ce matin. Partie de la petite ville de Murghab avant le soleil, je partage le taxi-SUV avec dix Tadjiks. C’est fou d’être compacté ainsi dans un paysage si vaste. La passe de Kulma est une haute frontière de plus de 4000 mètres où la Chine et le Tadjikistan se serrent la main. L’endroit traversé pour s’y rendre est un plateau immense aux différents tons de bruns. Par moment, des cargos oubliés lui apportent une ambiance de terres désolées. Notre voiture de clowns fonce ce désert à toute vitesse, où chaque véhicule crée sa propre voie, telle une course de rallye.

Ici, les montagnes sont lisses. Comme un jeu qui n'aurait pas eu le temps de charger. Comme se retrouver à l'extrémité d'un monde. Je n'ai jamais été aussi loin. Alors que nous approchons d’Aksu, mes cartes ne fonctionnent plus. Impossible d'identifier clairement où je suis. Soit la Chine a commencé son mur*, ou bien je suis simplement dans un lieu qui ne s'écrit pas.

Après quelques heures matinales au mélange de poussière et électro russe, l’horizon finit par se définir et laisse apercevoir un tracé de rectangles colorés : la file des camions. Nous sommes arrivées au bord du Tadjikistan.

Kulma, ou Qolma

L’agent chinois qui regarde mon passeport fait un air étonné sur mon visa. Dix ans de validité et aucune restriction d’entrée. C’est ce que j’ai pu décrocher au consulat à Montréal avant mon départ. Après une fouille approfondie de tout mon équipement, on me redirige enfin vers ce bâtiment qui délimite le Badakhshan du Xinjiang. Quatre fouilles plus tard, et je traverse enfin en Chine pour me retrouver… nulle part.

À la sortie des douanes chinoises se trouve une route. Rien d’autre qu’une route. Quelques fois, de rares véhicules brisent le désert et je me demande comment rejoindre Kashgar, la ville Ouïghour à 220 kilomètres d’ici.

Vers Kachgar

Après une une rencontre farfelue entre trois officiers, une souris et du Pepsi, je quitte la station de police de Karasu. Le transport est enfin arrivé. Pour la petite somme de 120 yuans, je m’installe à l’arrière d’une fourgonnette. J’ai dû manquer le premier arrêt, car elle est déjà pleine. Le trajet commence — dans cinq heures, nous atteindrons Kashgar.

*Le Great Firewall. Un système de censure d’Internet en Chine qui bloque l’accès à certains sites web étrangers et ralentit le trafic Internet transfrontalier.

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Première vue sur l’Afghanistan